Séance 1 Terminale ES

Suite du chapitre 7 Structure sociale et mobilité sociale

B)  L’influence de la famille et de l’école sur la mobilité sociale

                       1°) Du mythe à la réalité

Dans une société démocratique, l’école est une institution essentielle car c’est grâce à elle que l’on doit pouvoir assurer l’égalité des chances. Elle doit permettre à chaque individu de réussir selon ses talents quelle que soit son origine sociale. Avec l’école on doit pouvoir fonder une société méritocratique.

A partir des années 1960,  l’affirmation de ce rôle de l’école va se traduire par une augmentation des effectifs dans les enseignements secondaire et supérieur.

Depuis les % d’individus d’une génération qui obtiennent le Bac et de ceux qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur ne cessent d’augmenter. On parle alors de massification.

Pourtant cette massification ne doit pas cacher le maintien des inégalités et l’absence d’une réelle démocratisation :

- La probabilité de parvenir jusqu’au Bac reste liée à l’origine sociale. Doc 4 p249

- Les étudiants qui sont dans les filières les plus prestigieuses sont le plus souvent des enfants de cadres supérieurs et plus rarement des enfants d’ouvriers. Doc 1 p244

- La fluidité sociale reste limitée (voir le cours de vendredi dernier) autrement dit les chances de devenir cadres sont bien plus fortes pour un enfant de cadre qu’un enfant d’ouvrier = inégalité des chances.

                        2°) Origine sociale et parcours scolaire

  1. Les faits  

Les études des enfants de milieu modeste sont en général plus courtes.

Et dans ce cas les résultats scolaires n’expliquent pas tout car il existe aussi un processus d’auto-élimination : à réussite scolaire égale, les enfants de milieu modeste poursuivent moins souvent leurs études que les enfants de cadres.

  1. Le rôle du capital culturel (l’explication de P. Bourdieu)

Pour Pierre Bourdieu (1930-2002) l’école demande aux élèves d’acquérir des connaissances et des compétences qui correspondent en fait au capital culturel  que seules possèdent les classes dominantes. Ce capital culturel des classes dominantes peut prendre plusieurs formes : la maîtrise du langage et richesse du vocabulaire, la possession d’objets culturels (livres, œuvres d’art), les diplômes.

L’enfant d’un milieu modeste risque alors de rencontrer plus de difficultés qu’un enfant d’une catégorie aisée car :

            - A l’école primaire, on lui demande d’acquérir un langage (grammaticalement juste) qui n’est pas celui utilisé dans son cadre familial (vocabulaire moins riche, langage plus familier). Doc 2 p248

            - Au collège et au lycée, pour ses devoirs, il ne bénéficie pas de l’aide de ses parents. Doc 2 p244

            - il n’acquière pas de ses parents (ou par ses activités culturelles) des connaissances (une culture générale) ou des aptitudes musicales ou littéraires que l’école valorise.

L’école exerce donc une violence symbolique : elle impose à tous l’acquisition d’un capital culturel qui est celui des classes dominantes.

Pour Bourdieu, les enfants des classes populaires sont donc culturellement défavorisées face aux exercices que leur propose l’école. Et en traitant de manière égale tous les élèves qui dès le départ sont inégaux, l’école n’est qu’un outil de reproduction sociale, elle ne fait que reproduire les inégalités d’une génération à l’autre mais en plus elle les légitime puisqu’elle les fait apparaître comme des différences d’aptitudes individuelles.

Les enfants des milieux modestes et leur famille ont intériorisé cette inégalité, elle fait partie de leur habitus de classe (de ce qu’ils ont acquis dans leur milieu d’origine et qui va ensuite déterminer leurs pratiques quotidiennes), ce qui va expliquer qu’ils s’auto-éliminent du système scolaire : ils intériorisent l’idée selon laquelle ils ne pourront pas réussir à l’école.

  1. Des ambitions socialement différenciées (l’explication de R. Boudon) 
  2. Doc3 p245 L’auto-sélection s’explique pour Boudon (1934-2013) par les différences de stratégies des familles en fonction de l’origine sociale. En  fonction du milieu social, l’enfant et ses parents ne font pas la même analyse, n’ont pas la même perception des coûts, des avantages et des risques de la poursuite des études :

            - Pour un individu des classes modestes, le coût  et les risques d’échec liés à la poursuite des études apparaissent comme très importants alors qu’il minimise les avantages.

            - Pour un individu des classes favorisées, le coût et les risques apparaissent comme faibles alors qu’il voit bien avec sa famille quels sont les avantages.

  1. Pas de déterminisme absolu !

Documents 2 et 3 p 246-247 Attention ! Tous les enfants issus d’un milieu modeste ne sont pas voués à l’échec ! Certains réussissent ! Donc il faut aussi tenir compte des spécificités propres à chaque parcours individuel (socialisation plurielle, B. Lahire, voir cours de Première) : une famille de milieu modeste peut parfois accorder un rôle essentiel à l’école ; et certains professeurs, certains établissements font mieux progresser que d’autres les élèves d’origine modeste.

                        3°) Diplôme et position sociale

  1. Les faits 

Doc 1 p250 Le fait d’avoir un niveau de diplôme plus élevé que celui de ses parents ne garantit pas d’occuper une position sociale plus élevée qu’eux. C’est le paradoxe d’Anderson.

Deux individus qui ont le même diplôme n’occupent pas forcément la même position sociale. A diplôme égal, l’individu issu d’un milieu social modeste a moins de chances de pouvoir occuper une position sociale élevée.

Une partie des individus subit des formes de déclassement :

  • Ils connaissent une mobilité descendante (déclassement intergénérationnel),
  • Ils occupent un emploi demandant un niveau de diplôme inférieur à leur niveau réel de diplôme, par exemple ils ont Bac+5 mais ils ont un emploi nécessitant un bac+ 2  (déclassement scolaire). Les individus issus d’un milieu modeste sont davantage concernés par ce déclassement.

 

  1. Le rôle du capital économique et du capital social (l’explication de Bourdieu)

- L’augmentation du niveau général d’études ne doit pas cacher le caractère profondément élitiste de notre système scolaire. Toutes les filières ne se valent pas et pour accéder à certaines filières prestigieuses, il faut avoir un capital économique (revenus, patrimoine) important : voir le cas des écoles de commerce.

- Les classes aisées disposent aussi d’un capital social, c’est à dire d’un réseau de relations, de connaissances, qui peuvent jouer un rôle important pour accéder à une position sociale élevée. Les individus issus des milieux modestes n’ont pas la même possibilité de pouvoir rentabiliser leur diplôme, ce qui explique qu’ils soient davantage concernés par le déclassement.

  1. Massification et dévalorisation des diplômes (’explication de Boudon)
  2. Doc 2 p250 De plus en plus d’individus accèdent à un diplôme plus élevé mais le nombre de positions sociales élevées n’a pas augmenté au même rythme car la société reste stratifiée. La conséquence est la dévalorisation des diplômes : un même diplôme ne permet plus d’occuper la même position sociale qu'autrefois et pour occuper les positions sociales les plus élevés, il faut un diplôme plus élevé.

Et lorsque le nombre des plus diplômés est plus important que le nombre de positions sociales élevées, l’accès à ces positions ne dépend plus seulement du diplôme mais aussi de l’origine sociale. Autrement dit, pour accéder à une position sociale élevée, le rôle du capital social est d’autant plus important lorsque le nombre de diplômés est supérieur au nombre de places correspondant à ce niveau de diplôme.

                                                    Les explications de l’inégalité des chances

 

Origine sociale et parcours scolaire

Diplôme et position sociale

Les faits

Etudes plus courtes et auto-élimination des individus de milieu modeste

Paradoxe d’Anderson, déclassement et rendement du diplôme différent selon l’origine sociale

L’analyse de Bourdieu

Capital culturel et violence symbolique de l’école qui est un outil de reproduction sociale

Fausse démocratisation de l’école qui reste élitiste. Rôle du capital économique et du capital social.

L’analyse de Boudon

Analyse coûts-risques-avantages des études différentes selon l’origine sociale

Dévalorisation des diplômes liée au décalage entre l’évolution de la structure du niveau scolaire des individus et la structure sociale

Ce qui distingue les deux analyses

Bourdieu est très critique sur l’école et son fonctionnement. Pour Boudon dans une société stratifiée, l’école n’est pas responsable des inégalités scolaires.

Boudon insiste davantage sur la stratégie des individus pour expliquer les inégalités (individualisme méthodologique) et Bourdieu part des habitus de classes pour expliquer le parcours des individus (approche holiste).