Séance 2 Economie approfondie

Suite du chapitre 5

2°) Une globalisation financière liée aux 3 D

Cette globalisation financière s’explique par les politiques de libéralisation financière reposant sur trois piliers : Désintermédiation, Décloisonnement et Déréglementation.

L’expression des « 3D » a été inventée par Henri Bourguinat.

Décloisonnement

Avec les années 1980, le modèle de banque universelle s’affirme comme la banque moderne. C’est la fin de la séparation entre :

  • Banque de dépôt ou banque commerciale : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. 
  • Banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché, qui investit sur les marchés financiers et qui donc prend des risques plus importants. 

 

Une banque peut aussi être un assureur. Au niveau international, cela se traduit par la libre circulation des capitaux et la suppression des mesures qui empêchaient la mondialisation des banques.

Les marchés sont  donc aujourd’hui décloisonnés : les intervenants choisissent entre les marchés des différents pays du  monde  et entre les différents types de marchés (marchés monétaires, marchés obligataires, marchés des changes, marchés des  actions, marchés des matières premières… Les marchés financiers ne servent pas seulement à financer : ils servent aussi à des opérations purement spéculatives (acheter pour revendre plus cher).

Déréglementation  Documents 1 et 2 (voir au-dessous)

Ensuite vient la notion de « déréglementation ». H. Bourguinat  l’exprime comme la suppression des règlements et des contrôles sur les prix des services bancaires afin de permettre une circulation plus fluide des flux financiers, autrement dit facilitant la circulation des capitaux. Elle a débuté aux États-Unis avant de gagner le reste du monde et elle étroitement liée au décloisonnement.

Désintermédiation   Document 3

En ce qui concerne la troisième notion, celle de « désintermédiation », elle est analysée comme l’accès direct des entreprises aux financements par émission de titres plutôt que par endettement auprès des banques. 

En fonction de l’importance relative des différentes sources ou formes de financement, on peut distinguer deux types de systèmes financiers :

         - si le financement se fait principalement par crédits bancaires (autofinancement faible, marché financier peu développé), on parle d’un système d’économie d’endettement.

         - si l’autofinancement et la finance directe prédominent, on parle d’un système d’économie de marchés financiers ou de marchés de capitaux.

A partir du milieu des années 1980, les entreprises ont davantage recours au marché financier et leur autofinancement est plus important, on passe donc d’un système d’économie d’endettement à un système d’économie de marchés financiers ou de marchés de capitaux.

Document 4

Aujourd’hui, le système financier international est devenu un mégamarché unifié de l’argent, qui se caractérise par une double unité :

  •  de lieu : les places financières sont interconnectées par les réseaux modernes de communication ; on peut ajouter un 4e D : « dématérialisation », par l’intermédiaire du développement rapide des technologies de l’information dans les années 1990. 
  • de temps il fonctionne en continu. 24 heures sur 24, successivement sur les places d’Extrême-Orient, d'Europe et d'Amérique du Nord. [...]

 

Désormais, l’opérateur qui « investit » (ou emprunte) recherche le meilleur rendement en passant d’un titre à l’autre, d’une monnaie à l’autre ou d’un procédé de couverture à l’autre Au total, ces marchés particuliers sont devenus les sous-ensembles d'un marché financier global intégré, lui-même devenu mondial.

Documents

DOCUMENT 1

La  mutation  financière  est  un  phénomène  complexe,  qui  procède  de  plusieurs dimensions,  complémentaires et  imbriquées,  classiquement  présentées  comme  les « 3D » (désintermédiation, déréglementation, décloisonnement). […]

La  déréglementation  qualifie  la  levée  des  contraintes  administratives  et réglementaires.  Ce  mouvement  est  apparu  aux  États-Unis  au  début  des  années 1980, avec la volonté politique de libéralisation du gouvernement Reagan, puis s’est étendu à tous les pays. À la fois cause et conséquence de ce processus, le rythme soutenu des innovations financières rendait caduque(1) la réglementation en vigueur. Une  seule  solution  s’offrait  alors  aux  pouvoirs  publics :  déplacer  le  champ d’application  de  la  réglementation  financière  en  offrant  aux  institutions  financières une plus grande liberté […]. On a ainsi assisté à une déréglementation par les prix et par les quantités.

La  déréglementation  par  les  prix  passe  par  la  libéralisation  des  tarifs  et  des  taux d’intérêt. […]

La  déréglementation  par  les  quantités  qualifie  quant  à  elle  la  fin  des  systèmes d’encadrement  quantitatif  de  l’activité  bancaire,  financière,  ou  de  change :  par exemple, l’abandon du contrôle des changes(2) à partir de 1985 en France ou la fin de l’encadrement du crédit(3) en 1987.

Source : « Les changements économiques dans les pays industrialisés. Trente ans de  mutation financière », Nicolas COUDERC, Cahiers français, juillet-août 2010.

(1) Caduque : qui est dépassé.

(2) Contrôle des changes : contrôle par les pouvoirs publics des achats et des ventes de monnaies étrangères.

(3) Encadrement du crédit : contrôle par les autorités monétaires du volume de crédits accordés.

 

DOCUMENT 2

II faut se rappeler que le contrôle des changes(1) existait en France jusqu'au début des années 1980. Le gouvernement décidait alors s'il fallait laisser passer les flux de capitaux internationaux ou les limiter, et à quel plafond.

Le second aspect de la déréglementation est lié à la libéralisation du secteur financier lui-même. [...] La question était de savoir s'il fallait garder un système bancaire [encadré] par des règles et un contrôle public, ou au contraire le laisser prendre lui-même un certain nombre de décisions. Au début des années 1980, l'économie française était extrêmement réglementée ; les banques ne choisissaient ni le taux auquel elles prêtaient, ni combien elles prêtaient. La déréglementation a levé tous ces blocages. [...] Avant la déréglementation financière, [...] lorsque la Banque de France estimait qu'il y avait trop de monnaie en circulation, elle demandait aux banques de réduire leurs prêts. Tous les mois, les patrons des grandes banques rencontraient ceux de la Banque de France et recevaient des directives. [...] À cette époque, la moitié du système bancaire était nationalisée, l'autre moitié était sous tutelle de la banque centrale et du Trésor [public]. L'univers bancaire n'était pas un univers commercial, ce qui freinait l'innovation financière. [...]

La loi bancaire a fait le ménage, en définissant quatre grandes catégories de banques : les banques normales, les banques mutualistes, les banques d'investissement et les caisses d'épargne. Elle a autorisé les banques normales à exercer également les métiers des banques d'investissement. [...]

Source : « Retour sur la déréglementation financière », David THESMAR, Regards croisés sur l'économie n°3, 2008.

(1) Contrôle des changes : ensemble des opérations limitant ou interdisant les mouvements de capitaux avec l'étranger.

 

DOCUMENT 3

La circulation internationale des capitaux est devenue depuis quelques décennies la face la plus visible de la globalisation financière. […] [Les mouvements internationaux de capitaux] augmentent alors non seulement plus vite que l’activité, mais aussi que le commerce international, dont la progression est pourtant rendue particulièrement dynamique par l’intégration des régions émergentes(1) dans l’économie mondiale. […] Cette phase d’intensification de la circulation internationale des capitaux a été ainsi étroitement liée à la place accrue des marchés financiers dans les économies occidentales. […]

Les mécanismes de l’intermédiation financière ont profondément évolué. Longtemps, cette intermédiation est passée par les seules banques. Celles-ci collectent l’épargne, pour la plus grande part sous forme de dépôts à court terme, et accordent des crédits, sous forme surtout de prêts à long terme. Elles sont ainsi amenées à prendre différents types de risques (de taux d’intérêt, de liquidité, de crédit…) et, dans ce domaine, le développement des marchés leur a apporté un appui appréciable : il a considérablement élargi les circuits de financement direct en même temps qu’il a rendu possible la circulation des risques liés aux financements accordés. […] Grâce à l’essor des marchés de prêts « titrisés » (2), des acteurs autres que les banques ont pu financer les prêts octroyés à des ménages ou à des collectivités locales et aussi porter une partie, voire la totalité, des risques associés. […] En quelques années, les cadres de l’intermédiation financière traditionnelle ont ainsi littéralement éclaté : des assureurs, des fonds de pensions(3), des fonds d’investissement(4)… ont, à la place des banques, pris en charge le financement et les risques d’une grande part des prêts distribués.

Source : « La régulation financière en débat. Peut-on revenir sur la globalisation financière ? », Comprendre les marchés financiers, Cahiers français n°361, BRENDER Anton, PISANI Florence,Mars-avril 2011.

(1) Régions du monde en développement et en croissance rapide.

(2) Transformation des crédits en actifs financiers.

(3) Institutions qui collectent et placent l’épargne des futurs retraités.

(4) Institutions qui investissent dans des sociétés sélectionnées selon certains critères.

 

DOCUMENT 4

L'un des phénomènes marquants des trois dernières décennies est la montée en puissance de la finance internationale qui a donné lieu à la « globalisation financière ». La globalisation financière peut être définie comme un processus d'interconnexion des marchés de capitaux aux niveaux national et international, conduisant à l'émergence d'un marché unifié de l'argent à l'échelle planétaire. Aujourd'hui, le système financier international est devenu un mégamarché unifié de l'argent, qui se caractérise par une double unité :

  • de lieu : les places financières sont interconnectées par les réseaux modernes de communication ;
  • de temps : il fonctionne en continu, 24 heures sur 24, successivement sur les places d'Extrême-Orient, d'Europe et d'Amérique du Nord.

La globalisation s'est traduite par un « décloisonnement » des marchés, avec l'ouverture des frontières : ouverture externe des marchés nationaux, en premier lieu ; mais également, à l'intérieur de ceux-ci, éclatement des compartiments existants : marché monétaire (argent à court terme), marchés financiers (argent à plus long terme), marché des changes (échanges des monnaies nationales entre elles) [...], etc. Désormais, l'opérateur qui « investit » (ou emprunte) recherche le meilleur rendement en passant d'un titre à l'autre, d'une monnaie à l'autre, ou d'un procédé de couverture(2) à l'autre : de l'obligation en euro à l'action en dollar, de l'action à l'option(3), etc. Au total, ces marchés particuliers (financier, change, options, ...) sont devenus des sous-ensembles d'un marché global intégré, lui-même devenu mondial.

Source : « Les marchés financiers sont-ils efficaces ? », Dominique PLIHON, Cahiers français, juillet-août 2008.

(1) Les actions et les obligations sont des actifs financiers.

(2) Procédé de couverture : moyen permettant de se  protéger contre les risques liés à l’évolution des prix des actifs financiers.

(3) Option : autre exemple d’actif financier.