Séance 6 Terminale (Semaine du 4 mai)

Chapitre 8 La mondialisation des échanges et des entreprises

Introduction : Qu’est-ce que la mondialisation ?

D’un point de vue strictement économique, la mondialisation désigne un double processus :

  • Essor du commerce international. Une multiplication des échanges commerciaux internationaux qui est le signe d’une ouverture croissante des économies sur l’extérieur.
  • Internationalisation de la production. Une hausse des investissements à l’étranger qui est notamment liée à l’essor des firmes multinationales ou firmes transnationales.

La mondialisation désigne alors l’émergence d’un vaste marché mondial des biens, des services, des capitaux et dans une moindre mesure de la force de travail, qui échappe de plus en plus au contrôle des Etats et qui accentue les interdépendances entre les pays.

I La nature du commerce international et ses déterminants

  1. La théorie des avantages comparatifs (voir exercice sur l'avantage comparatif que vous avez déjà réalisé)

       1°) De l’avantage absolu (A. Smith 1723-1790) à  l’avantage comparatif (D. Ricardo 1772-1823)

Pour Smith, chaque pays doit se spécialiser dans l’activité où il dispose d’un avantage absolu c’est-à-dire dans l’activité où il obtient une productivité plus élevée que les autres pays, dans l’activité où il produit à un coût plus faible que les autres. Le pays doit ainsi délaisser les activités où sa productivité est inférieure à celle des autres pays car il pourra importer ces produits à un coût plus faible à celui des biens qu’il serait capable de produire

Si l’on s’en tient à l’analyse de Smith, le pays qui n’a d’avantage absolu dans aucune activité ne peut pas participer au CI et le pays qui dispose d’un avantage absolu dans toutes les activités n’a pas intérêt à commercer avec les autres. Pour Ricardo, ces deux pays ont intérêt à se spécialiser et à commercer entre eux à partir du moment où ils disposent d’un avantage comparatif : autrement dit, ils se spécialisent dans les activités où ils sont relativement les plus efficaces ou relativement les moins inefficaces. Un pays dispose d’un avantage comparatif  dans la production d’un bien, si son coût d’opportunité est inférieur à celui des autres pays.

        2°) La présence d’avantages comparatifs est à l’origine du commerce international

La condition nécessaire et suffisante pour qu’il y ait échange international est l’existence d’une différence de coûts comparatifs entre les pays. Dans ce cas, chaque pays se spécialise dans l’activité pour laquelle sa supériorité comparative est la plus forte ou celle dont le coût comparatif est le plus faible.

        3°) Le CI est un jeu à somme positive

A partir de la notion d’avantage comparatif, Ricardo souligne les avantages du commerce international

  • Le commerce international ne désavantage aucun des participants, il n’y a que des gagnants car grâce à la spécialisation et au commerce international, chaque pays peut acheter des biens à un prix inférieur au prix auquel il les aurait produits.
  • La spécialisation est source de productivité et de croissance pour l’économie mondiale puisque chaque pays se spécialise dans les activités où il est relativement plus performant.

             

  1. L’origine du commerce interbranche

A travers sa théorie des avantages comparatifs, Ricardo s’est uniquement intéressé au commerce interbranche.

On parle de commerce interbranche lorsque les pays échangent des produits différents (des automobiles contre des matières premières). Et si Ricardo montre les bienfaits de ce commerce, il n’explique pas pourquoi un pays est relativement plus performant dans une activité que dans une autre.

Les théories contemporaines du commerce international, vont montrer que si les pays ne détiennent pas un avantage comparatif dans les mêmes activités, c’est parce qu’ils ne disposent pas des mêmes facteurs de production en quantité et en qualité.

            1°) La dotation en facteurs de production               

Le théorème HOS (Heckscher, Ohlin, Samuelson) est le prolongement néoclassique de l’analyse de Ricardo. Selon le théorème HOS, un pays dispose d’un avantage comparatif dans l’activité qui nécessite des ressources, le facteur de production (matières premières, main-d’œuvre, capital) dont il dispose en abondance. Par exemple si un pays dispose d’une main-d’œuvre nombreuse, elle sera moins chère donc il se spécialisera dans les activités qui nécessitent relativement plus de travail que de capital. L’avantage comparatif est donc lié à la dotation en facteurs de production.

             2°) La qualité des facteurs de production

Mais il ne faut pas seulement tenir compte des quantités de ressources productives dont disposent les pays car

  • A propos de la main-d’œuvre il faut notamment tenir compte de sa productivité qui est liée à sa qualification.
  • Il faut aussi tenir compte de l’écart technologique. Vernon, à partir du cycle de vie du produit, montre qu’un bien est au départ produit dans un pays qui a une haute maîtrise technologique, puis sa technique de production se banalise et il faut surtout le produire à un coût plus faible donc sa production est délocalisée dans les pays où la main-d’œuvre est moins chère. Grâce aux FMN, le capital se déplace et donc les PED qui disposent au départ essentiellement de leur main-d’œuvre peuvent s’engager dans des productions qui nécessitent aussi une part importante de capital. Mais les PDEM conserve un avantage comparatif lié à la maîtrise technologique.

 

Le théorème HOS et la théorie de Vernon permettent de comprendre pourquoi des pays différents échangent des produits différents ; ces analyses expliquent le commerce interbranche, le commerce Nord-Sud entre PDEM et PED. Mais ces analyses n’expliquent pas pourquoi l’essentiel du commerce mondial se réalise entre les PDEM (commerce Nord-Nord) et elles n’expliquent pas les échanges croisés de produits similaires le commerce intrabranche. Pour expliquer l’origine des avantages comparatifs et des échanges internationaux, il faut donc tenir compte d’un autre facteur : la demande.

 

  1. L’origine du commerce intrabranche

Le commerce intrabranche correspond au commerce croisé du même type de biens (la France exporte et importe des voitures avec par exemple l'Allemagne qui exporte et importe aussi des voitures). Il s'agit soit de produits similaires qui ne diffèrent que par leur variété, par des caractéristiques secondaires (design) et qui sont de qualité identique, soit de produits de qualité différente.

             1°) Commerce international et niveau de développement

Comment expliquer l’existence et l’essor de ce commerce croisé entre les pays ayant des niveaux de développement comparables ?

Pour Linder (théorie de la demande représentative), si le commerce international se réalise entre des pays qui ont le même niveau de développement, c’est parce que l’avantage comparatif est lié à l’importance de la demande interne :

  • Un pays sera compétitif dans la production et l’exportation d’un produit si la demande interne pour ce bien est forte car dans ce cas d’une part les entreprises ont été incitées à innover et d’autre part elles produisent déjà en grande quantité, donc elles réalisent des économies d’échelle (coût unitaire et prix de vente plus faibles).
  • Et ce produit ne peut être exporté que dans un pays où le niveau de vie est comparable à celui du pays exportateur, ce qui implique un même niveau de salaires et la même dotation en facteurs de production. Les constructeurs automobiles des PDEM exportent surtout vers d’autres PDEM car ils y trouvent une demande solvable suffisante. Donc les échanges commerciaux internationaux se développent plus facilement entre des pays ayant le même niveau de développement.

 

               2°) La demande de différence

La différenciation des produits  conduit au développement du commerce international :

a) B. Lassudrie-Duchêne (la théorie de la demande de différence) part de l’idée qu’en pratique les échanges croisés, le commerce intrabranche portent sur des produits qui ne sont pas rigoureusement identiques. Les produits peuvent se différencier par des qualités spécifiques, par la marque et l’image de marque, le conditionnement... Or la demande se caractérise aussi par un goût pour la différence qui est particulièrement fort pour les produits banalisés, dont la consommation est importante. Le commerce international va justement permettre d’enrichir la gamme des choix disponibles, d’avoir une offre variée : les constructeurs italiens peuvent vendre en Allemagne des véhicules recherchés pour leurs qualités sportives, leur nervosité et les consommateurs italiens  sont demandeurs de voitures allemandes ou suédoises pour leur robustesse, leur fiabilité... Ce goût pour la différence est plus élevé à mesure que le niveau de vie s’élève ce qui explique le développement des échanges internationaux entre PDEM dans lesquels la demande de différence est très forte.

b) Entre pays industrialisés, le commerce intrabranche correspond de plus en plus à une division qualitative du travail (selon l’expression de Michael Freudenberg) ou à un échange de produits de qualité différente. Dans ce cas la spécialisation sur le haut de gamme ou sur le bas de gamme s’explique par le niveau des dépenses de recherche et développement et la dotation en travail qualifié qui ne sont pas les mêmes dans tous les pays industrialisés.