Séances 6 et 7 Economie approfondie (4 et 11 mai)

Chapitre 6 Comment expliquer et limiter les crises financières ?

I Comment expliquer les crises financières

     1°) La globalisation financière et le risque systémique

Document 8 La financiarisation de l’économie se traduit par un découplage, une déconnexion de l’économie réelle (commerce de biens et services) et l’économie financière : en volume les opérations financières sont beaucoup plus importantes que les échanges réels qu’elles sont sensées faciliter. De plus on assiste à la formation d’une finance, d’une économie virtuelle : sur les marchés dérivés, se réalisent des opérations financières qui n’ont qu’un lien très lointain avec l’économie réelle : les spéculateurs vendent des marchandises qu’ils ne possèdent pas. La sphère financière se développe pour elle-même.

Ces mouvements de capitaux apportent une instabilité car d’une part, ils multiplient les opérations de change et donc renforcent l’instabilité des monnaies sur le marché des changes ; et d’autre part, ils contribuent à la formation de bulles spéculatives sur les marchés financiers, ce qui accroît le risque de krach boursier.

Les marchés financiers sont très volatiles.

Document 9 Il existe donc un risque systémique : une crise touchant l’ensemble du SFI. Le SFI est à la merci d’un « effet papillon » : la faillite d’une banque, un krach sur un marché boursier national peut suffire par un phénomène de « dominos » à un effondrement en chaîne du SFI (selon la théorie du chaos : une variation minime dans le mouvement d’éléments liés entre eux peut provoquer des effets en cascade aux conséquences incalculables).

2°) Spéculation et comportement mimétique

Documents 10, 11 et 12 La spéculation : sur le marché financier, un agent économique spécule lorsqu’il achète des actions en espérant, en anticipant une hausse du cours de ces actions afin de les revendre à un prix plus élevé et donc de réaliser une plus-value.

Les spéculateurs ont un comportement mimétique : ils achètent lorsque les autres achètent, ils revendent lorsque les autres vendent.

  • Dans un 1er temps, la spéculation conduit à une hausse du cours des actions car les spéculateurs achètent (hausse de la demande), on va alors constater l’existence d’un écart entre la valeur effective de l’action et celle qu’elle devrait être compte tenu de la situation des entreprises (c’est à dire qu’en raison de la spéculation, le cours des actions augmente sans que cela soit  justifié par la situation notamment financière des entreprises) : cet écart est appelé une bulle spéculative.
  • Dans un deuxième temps, les spéculateurs vont vendre pour récupérer la plus-value donc le cours des actions diminue. Si ce mouvement de vente est important et rapide, on assiste à une chute brutale du cours des actions, il s’agit d’un krach boursier.

Lorsque les spéculateurs anticipent une baisse du cours des actions, ils vont commencer à vendre ce qui va effectivement conduire à une baisse des actions : on parle d’anticipations auto-réalisatrices. La bourse et les spéculateurs réagissent à ce qui de fortes chances de se produire, plutôt qu’à ce qui se produit réellement : les spéculateurs décident d’acheter ou de vendre en fonction de ce qu’ils prévoient et pas tellement en fonction de ce qui se produit réellement.

En période d’expansion, l’endettement des agents économiques contribue à renforcer la croissance. La bonne santé de l’économie conduit à une certaine euphorie sur les marchés financiers et immobilier : les achats sont plus nombreux donc la valeur des actions et des biens immobiliers augmente, il se forme une bulle spéculative, c’est à dire qu’en raison de la spéculation, le cours des actions augmente sans que cela soit  justifié par la situation notamment financière des entreprises.

Mais à un moment ou un autre, lorsque la croissance commence à ralentir, les ventes d’actions sont plus importantes, la bulle spéculative éclate, le cours des actions baisse, ce qui va renforcer la récession.

            3°) Aléa moral et prise de risque

Document 13 L’aléa moral consiste dans le fait qu’une personne ou une entreprise assurée contre un risque peut se comporter de manière plus risquée que si elle était totalement exposée au risque. C’est un cas d’asymétrie d’information.

Dans le cas du système financier, on peut distinguer deux formes d’aléa moral :

  • « trop gros pour faire faillite » (too big to fail) : Une grande banque sait que sa faillite aura des répercussions négatives importantes pour tous les acteurs économiques et donc elle sait que l’Etat l’aidera en cas de difficultés, ce qui peut la conduire à être moins prudente, à prendre plus de risques.
  • Les acteurs du système financiers savent qu’ils peuvent aussi compter sur les interventions de la Banque centrale en cas de crise. Et s’ils sont sûrs d’être aidés par la Banque centrale, là encore ils peuvent être tentés de prendre plus de risques.

 

            4°) L’exemple de la crise des subprimes

Documents 14 et 15

Les crédits subprime sont :

  • Crédits accordés à des ménages peu solvables, donc qui risquent de ne pas être  intégralement remboursés.
  • Des crédits hypothécaires : crédits immobiliers dont le bien, qui sert de garantie, peut être saisi par l’institution de crédit en cas de non remboursement.

La hausse des taux d’intérêt a conduit à multiplier les défauts de remboursement, donc le nombre de maisons revendues a fortement augmenté et les prix de l’immobilier ont baissé, donc les banques ont été mises en difficulté, ce qui a entrainé une crise de confiance entre les banques elles-mêmes qui ont alors plus de difficultés pour trouver des liquidités

La crise des subprimes a touché l’ensemble du système financier international (risque systémique) en raison de la titrisation de ces crédits et de la globalisation financière : des investisseurs du monde entier ont participé parfois sans le savoir au financement de ces crédits subprimes.

La crise des subprimes va conduire à la faillite de certaines banques (Lehman Brothers en 2008) et à la chute des cours boursiers. La crise financière va alors se transformer en crise économique, en récession pour deux raisons :

  • L’offre de crédit des banques va baisser (credit crunch = resserrement du crédit) donc les agents économiques vont moins investir.
  • La chute du cours des actions réduit la richesse des ménages, ce qui les incite à moins consommer car d’une part en ayant le sentiment d’être moins riches, ils vont reporter des achats importants et d’autre part ils sont incités à épargner davantage pour reconstituer leur patrimoine.

Documents

DOCUMENT 8

L'instabilité financière a constitué l'une des principales sources de dysfonctionnement de l'économie mondiale au cours des dernières décennies. On a assisté, en effet, à une accélération des crises financières et à leur généralisation à la plupart des régions de la planète. L'économie mondiale a été secouée par plus de dix crises financières depuis le début des années 1980 (...).

Ces crises financières ont frappé alternativement les pays anciennement industrialisés de la Triade (Etats-Unis, Europe, Japon), mais également les pays en développement (PED), et plus particulièrement la catégorie des pays dits « émergents », c'est-à-dire nouvellement ouverts à la finance internationale.

Les crises financières récentes ont pris des formes différentes (...). Derrière cette diversité apparente, les crises contemporaines ont plusieurs points communs. En premier lieu, leur coût économique et social est le plus souvent considérable, comme le montrent la profonde récession et la montée du chômage qui ont résulté de la crise financière des subprimes(1), qui a débuté aux Etats-Unis en 2007 pour se propager dans un grand nombre de pays. En second lieu, cette accélération de l'instabilité financière sous ses différentes formes est directement liée à la montée du poids de la finance dans l'économie mondiale. Un nouveau type de capitalisme - que l'on peut qualifier de capitalisme financier - s'est mis en place dans le dernier quart du XXe siècle qui se caractérise par le rôle dominant joué par les acteurs et les marchés financiers. Parallèlement, les politiques de libéralisation financière ont accéléré le processus de globalisation financière qui a entraîné la création d'un marché unifié de l'argent au niveau planétaire. Ce nouveau capitalisme financiarisé et mondialisé est à l'origine de la montée de l'instabilité financière internationale.

Source : « La stabilité financière peut-elle devenir un bien public mondial ? », PLIHON Dominique, Problèmes économiques, mars 2011.

 

DOCUMENT 9

Pour cerner l'idée de risque systémique, ii est utile de définir d'abord ce qu'est un événement systémique. Il en existe de deux types [...]. Le premier est conforme à l'intuition de « l'effet domino ». Un choc néfaste ou une mauvaise nouvelle concernant une ou plusieurs institutions financières, ou un marché financier, se répercute en chaîne sur d'autres institutions ou d'autres marchés. Le second mobilise l'intuition d'une « catastrophe ». Un choc macro-économique affecte simultanément les conditions financières d'un grand nombre d'institutions et de marchés et induit une réaction négative commune. Dans les deux cas, la contagion est le processus par lequel un événement systémique peut provoquer une crise financière. Les modalités peuvent en être diverses : panique bancaire, étranglement du crédit, baisse générale et profonde des prix des actifs financiers, sinistres ou blocages dans les systèmes de paiements de gros montants.

Le risque de système est alors défini comme le risque que se produise un événement systémique suffisamment violent pour déclencher des répercussions entraînant une crise financière. Le risque de système est donc une menace dont la réalisation a des incidences macro-économiques.

Source : « Instabilité financière et régulation monétaire, L'Europe est-elle bien protégée du risque systémique ? », Conférence sur les transformations de la finance en Europe,
AGLIETTA M., novembre 2001.

DOCUMENT 10

La technique du placement peut être comparée à ces  concours organisés par les journaux  où  les  participants  ont  à  choisir  les  six  plus  jolis  visages  parmi  une  centaine  de  photographies, le prix étant attribué à celui dont  les préférences s'approchent le plus de la  sélection  moyenne  opérée  par  l'ensemble  des  concurrents.  Chaque  concurrent  doit  donc  choisir  non  les  visages  qu'il  juge  lui-même  les  plus  jolis,  mais  ceux  qu'il  estime  les  plus  propres à obtenir le suffrage des autres concurrents, lesquels examinent tous le problème  sous le même angle. Il ne s'agit pas pour chacun de choisir les visages qui, autant qu'il peut  en  juger,  sont  réellement  les  plus  jolis  ni  même  ceux  que  l'opinion  moyenne  considèrera  réellement comme tels.  

Source : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, KEYNES John Maynard, 1942, [1936].

 

DOCUMENT 11

À l'origine de chaque crise financière, il y a toujours un « boom », une sorte de déplacement de l'économie favorisé par telle invention, telle découverte. […] Ce boom euphorise les agents et favorise les anticipations de profit, donc les demandes de financement. Paradoxalement, c'est quand tout va bien et que la période est à l'euphorie que l'instabilité prend racine. […] Tous les acteurs sont dans de telles périodes incités à profiter de l'euphorie et ce faisant ils y participent et amplifient le cycle haussier. Ne pas le faire serait se priver d'un profit. Mais tous auront aussi intérêt à se retirer lorsque le cycle se retournera. […] Pour comprendre pourquoi les agents agissent ainsi, tel un troupeau, il faut se représenter la finance comme un système ou un réseau. À l'intérieur de ce système, les acteurs sont étroitement liés les uns aux autres. Le résultat de la décision prise par l'un des acteurs de ce réseau dépend de celles prises par tous les autres. C'est pourquoi, lorsqu'ils prennent leurs décisions, ces acteurs ne le font pas en fonction d'eux-mêmes mais en fonction de l'idée qu'ils se font de l'opinion de tous les autres. […] Ce phénomène peut s'auto- entretenir un certain temps et produire une augmentation continue et cumulative du prix d'un actif. […] En pleine période de bulle, les cours grimpent de plus en plus et il est dans l'intérêt pécuniaire des opérateurs de continuer d'acheter, ce qui ne fait qu'alimenter la bulle. Les opérateurs se comportent certes comme des moutons mais, paradoxalement, cela n'a rien d'irrationnel si l'on en juge par la capacité que leur confère ce genre de comportement à réaliser des gains. Évidemment, les arbres ne montant jamais jusqu'au ciel, il arrive un moment où la bulle éclate, moment qu'on a toujours beaucoup de mal à prévoir. On entre alors dans une phase de krach où tous les opérateurs se mettent à vendre, parce qu'ils prévoient que la baisse enclenchée va se poursuivre. […] À la rigueur, peu importe que les craintes soient fondées, la seule crainte de la crise peut suffire à l'engendrer. Au plus fort de la crise boursière de l'automne 2008, on a assisté à des baisses auto-entretenues : la panique et les craintes des opérateurs ont provoqué l'effondrement des cours boursiers avant même de connaître l'ampleur réelle des dégâts.

Source : Monnaie, banques, finance, Jézabel COUPPEY-SOUBEYRAN, 2012.

 

DOCUMENT 12

Depuis le début du XIXe siècle, on constate en effet une corrélation étroite entre une forte mobilité du capital et la fréquence des crises bancaires. Ces mêmes données montrent qu’a contrario, les périodes au cours desquelles la mobilité du capital a été freinée, par exemple après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1970, ont enregistré une quasi-disparition des crises bancaires. Ce profil historique trouve une explication dans les théories qui, à la suite de Keynes, insistent sur le caractère incertain et non pas seulement risqué de la finance, d’où résulte la généralité de comportements mimétiques à l’origine de bulles spéculatives. Ces tendances se manifestent d’autant plus vigoureusement que les réglementations encadrant la finance sont réduites. L’apparition d’un écart croissant entre le prix du marché et une évaluation de la valeur fondamentale des actifs correspondants ne peut que déboucher sur une crise d’autant plus grave qu’aura duré la phase d’emballement spéculatif.

Source : « Équilibres et déséquilibres mondiaux. Crise asiatique, bulle internet, subprimes : des crises récurrentes », Robert BOYER, Cahiers français, 2010.

 

DOCUMENT 13

L’éclatement  de  la  bulle  Internet  au  début  des  années  2000  a  marqué  la  fin  de  l’ancienne  « nouvelle  économie »(1) .  La  FED(2)  a  baissé  substantiellement  ses  taux  d’intérêt  afin  de  limiter  les  effets  de  la  récession.  […]  La  banque  centrale  a  joué  comme  un  filet  de  sécurité  pour  les  acteurs  financiers  qui  ont  pris  des  risques  excessifs  lors  de  la  bulle  internet,  en  leur  permettant  de  se  refinancer  à  un  coût  faible. L’action des banques centrales fournit l’assurance que les choses ne vont pas  trop mal tourner si le système devient instable. […]  Si  les  banques  centrales  interviennent  pour  limiter les  conséquences  des  crises  financières,  elles  rassurent,  certes,  les  acteurs  financiers,  mais  elles  les  incitent  aussi,  indirectement,  à  prendre  des  risques,  puisqu’ils  seront  aidés  en  cas  de  récession. Ce problème d’aléa moral standard est formalisé par E. Fahri et J. Tirole  dans le cas des crises financières. […] Ainsi, ce sont les stratégies d’aide au secteur  financier menées par les banques centrales qui sont les racines de la prise excessive  de risque suivante et donc de la prochaine crise. Plus particulièrement, les auteurs  critiquent  les  interventions  très  générales  en  cas  de  crise  qui  aident  toutes  les  institutions  financières,  comme  une  baisse  des  taux directeurs(3) .  Des  interventions  plus ciblées, si elles sont possibles, sont plus efficaces.  Cet  argument  est  différent  d’une  autre  forme  d’aléa moral,  souvent  citée  en  économie bancaire, qui est le « trop gros pour faire faillite ». Les acteurs systémiques  dont la faillite mettrait en péril tout le système financier, savent qu’ils bénéficieront de  l’aide publique dans tous les cas et sont donc incités à prendre trop de risques.

Source : « Des banques centrales dans la tempête », Xavier RAGOT, 5 crises. 11 nouvelles questions d’économie contemporaine, Philippe ASKÉNAZY, Daniel COHEN, 2013.

(1)  « nouvelle  économie » :  à  la  fin  des  années  1990,  l’essor  d’entreprises  dans  le  secteur  des nouvelles  technologies a fait  penser  à  l’arrivée d’une nouvelle phase  de forte croissance sur  le long  terme,  portée  par  les  nouvelles  technologies  de  l’information  et  de  la  communication (Internet, téléphonie mobile…).

(2)  FED : Réserve fédérale américaine ; il s’agit de la Banque Centrale des États-Unis.

(3)  Taux directeurs : taux d’intérêt fixés par la Banque Centrale, on les qualifie de « directeurs » car l’ensemble des taux d’intérêt se fixe par rapport à eux.

 

DOCUMENT 14

On peut identifier les institutions financières susceptibles d'être mises en difficulté par une crise systémique et de propager ces difficultés vers d'autres acteurs. Mais pour identifier l'origine du risque systémique, il faut analyser, activité par activité, les différents mécanismes d'incitation, notamment financière, qui peuvent conduire les acteurs à accumuler de façon rationnelle, en dehors de toute erreur de gestion, des risques imparfaitement mesurés par la régulation financière classique. Autrement dit, le risque systémique ne se réduit pas à la somme des risques individuels pris par les acteurs financiers. [...]

Deux écoles s'affrontent pour expliquer l'origine de cette crise : la première souligne la responsabilité de l'accumulation des déséquilibres mondiaux et la seconde met l'accent sur les défaillances de la régulation financière. Ce débat révèle en réalité que les facteurs macroéconomiques et financiers sont étroitement liés dans le déclenchement d'une crise systémique. La crise trouve en partie ses origines dans l'endettement excessif des agents privés de certaines économies occidentales avancées dans la phase d'expansion économique du début des années 2000, jusqu'à atteindre des niveaux qui n'étaient plus soutenables. Ce phénomène a particulièrement touché les ménages américains : la crise du subprime(1) s'est ainsi déclenchée à l'été 2007 à la suite du retournement du marché immobilier américain. Ces niveaux d'endettement ont été rendus possibles par l'abondance des liquidités(2) mondiales et l'assouplissement des conditions d'octroi de crédit(3) favorisé par la faiblesse des taux d'intérêts. Le retournement du marché immobilier américain s'est propagé au secteur financier par le canal de la titrisation(4) [...]. L'analyse des vulnérabilités macroéconomiques du système financier fait donc partie intégrante de l'identification du risque systémique.

Source : « Rapport sur le risque systémique », Jean-François LEPETIT, Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, avril 2010.

  1. Crise liée à l'accord de crédits immobiliers à des ménages présentant un risque important de non remboursement.
  2. Monnaie facilement convertible en moyen de paiement.
  3.  Accord de crédit.

(4) Technique financière consistant à  transformer les dettes, comme les crédits, en titres financiers pouvant être échangés sur le marché.

 

DOCUMENT 15

La crise financière qui s'est déclenchée [...] au cours de l'été 2007 [...] a pris naissance au cœur du système financier américain, présenté jusqu'alors comme le plus solide et le plus efficient, avant de se transformer en crise systémique à l'échelle planétaire. Cette crise a également illustré la complexité et l'étendue des facteurs générateurs d'instabilité financière. La crise de 2007-2009 est pour partie liée à l'approfondissement de la mondialisation qui a conduit à des déséquilibres considérables de balances des paiements1 entre les pays émergents et l'économie américaine, compensés par des transferts massifs d'épargne sous la forme d'une accumulation sans précédent de réserves en dollars, rendant possible une expansion débridée2 de la liquidité mondiale. Aux Etats-Unis, mais également au Royaume-Uni ou en Espagne, les inégalités de revenus et l'appauvrissement relatif des salariés ont été compensés par un accès facilité au crédit. Cet endettement a largement soutenu les investissements immobiliers et la consommation des ménages, ce qui a contrebalancé le ralentissement des gains de productivité qui affaiblissait le potentiel de croissance. Ce régime de croissance fondé sur le surendettement n'était pas soutenable et il s'est interrompu brutalement avec la crise immobilière aux États-Unis, rapidement suivie d'une crise d'illiquidité, puis d'insolvabilité bancaire. [...]

La coexistence durable de taux d'intérêt réels particulièrement bas et d'une expansion extrêmement rapide des crédits [...] a engendré des bulles sur les marchés d'actifs immobiliers ou boursiers. [...] Mais cette crise est avant tout une crise bancaire dont l'ampleur a été considérablement amplifiée par une série d'innovations, au sein même des systèmes financiers. [...] Dans l'ensemble des pays développés, les banques ont considérablement accru leurs activités sur les marchés d'actifs et un nouveau modèle d'intermédiation bancaire [...] s'est diffusé: les banques ne conservaient plus dans leur bilan toutes les créances issues des crédits qu'elles accordaient mais en redistribuaient une partie, sur les marchés de capitaux.

Source : « Les crises financières », André CARTAPANIS, Cahiers français, mars-avril 2011.

  1. La balance des paiements est un état statistique qui retrace sous une forme comptable l'ensemble des flux d'actifs réels, financiers et monétaires entre les résidents d'une économie et les non-résidents au cours d'une période déterminée.
  2. Débridée : effrénée, sans retenue.