Jean François Regnard (1655-1709) , Le Joueur (Comédie en cinq actes)
ACTE IV. SCÈNE X.
LE MARQUIS, seul.
Eh bien ! Marquis, tu vois, tout rit à ton mérite ;
Le rang, le coeur, le bien, tout pour toi sollicite :
Tu dois être content de toi par tout pays :
On le serait à moins. Allons, saute, Marquis.
Quel bonheur est le tien ! Le ciel, à ta naissance,
Répandit sur tes jours sa plus douce influence ;
Tu fus, je crois, pétri par les mains de l'amour.
N'es-tu pas fait à peindre ? Est-il homme à la cour
Qui de la tête aux pieds porte meilleure mine,
Une jambe mieux faite, une taille plus fine ?
Et pour l'esprit, parbleu, tu l'as des plus exquis :
Que te manque-t-il donc ? Allons, saute, Marquis.
La nature, le ciel, l'amour et la fortune
De tes prospérités font leur cause commune ;
Tu soutiens ta valeur avec mille hauts faits ;
Tu chantes, danses, ris, mieux qu'on ne fit jamais
Les yeux à fleur de tête, et les dents assez belles.
Jamais en ton chemin trouvas-tu de cruelles ?
Près du sexe tu vins, tu vis, et tu vainquis ;
Que ton sort est heureux ! Allons, saute, Marquis.